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14/03/2017

Petit geste qui m'a émue

À la maison de retraite, je me suis prise d'affection pour une dame de 84 ans qui est aveugle. De plus, elle entend mal et se déplace avec difficultés. Sa famille vient lui rendre visite le WE, mais en semaine, elle se sent très isolée et incapable de profiter des activités, exception faite de la musique ou des après-midi crêpes, gaufres ou glaces. Je vais la voir une fois par semaine ou au moins tous les quinze jours. Elle est toujours très contente et parfois elle insiste pour que je reste encore un peu.

Elle parle de sa santé, mais surtout de ses chagrins et frustrations. Je suis intervenue par 2 fois pour qu'on pense à se présenter quand on entre dans sa chambre et qu'on lui dise ce qu'on vient y faire, comme reprendre une tasse par exemple. Une fois par le biais d'un formulaire de réclamations/suggestions, une autre fois via l'assistante sociale. Certains membres du personnel le font, d'autres non. C'est une des choses dont elle se plaignait beaucoup au début que je lui rendais visite. Je crois que le personnel n'est pas de mauvaise volonté, mais ne prend pas la mesure de ce que cela représente pour une résidente aveugle. Un moment donné, elle m'avait dit que ce n'était pas encore parfait, mais que ça allait mieux. Lors de mes dernières visites, elle n'en a plus parlé.

La dernière fois que je l'ai vue, j'avais posé ma main sur l'accoudoir de son fauteuil. Elle l'avait senti et avait pris ma main dans la sienne. De l'autre main, tout en bavardant, elle tripotait machinalement mon petit doigt. Cela a duré tout un temps. Ça m'avait touchée et j'ai eu envie de le raconter ici. Voilà, c'est fait !

26/02/2017

J'me suis fait draguer !

Au service de tutelle, nous avons chacun un référent à qui nous devons adresser nos rapports et à qui nous pouvons poser d'éventuelles questions. La personne à qui je devais m'adresser n'a jamais répondu à mes mails. Je me suis débrouillée autrement pour avoir des réponses. Je ne lui en fais pas le reproche. Je sais qu'elle était débordée. Mais j'ai appris dernièrement qu'ils avaient engagé du personnel. Et en effet, un nouveau référent m'a été attribué. Il m'a adressé un mail pour m'en informer et me poser quelques questions destinées à repréciser mon engagement et mes limites (géographiques notamment).

Quelques jours plus tard, ce monsieur me contacte par téléphone. De professionnelle dans sa première phase, la conversation dévie subitement. Il commente mon adresse mail d'un ton moqueur. Je lui explique la raison de mon choix qui est symbolique et qui pourrait être considéré comme un pseudo et ne contient donc pas mon nom. "Oui, je sais que c'est un peu spécial. C'est peut-être que je suis un peu spéciale aussi." Il me dit qu'il adore être surpris ainsi. Bon ok, revenons à nos moutons. Je profite de son coup de fil pour lui signaler que la copie de la lettre de fin de tutelle qu'il a adressée à mon ex-pupille ne porte pas la bonne adresse vu qu'il a déménagé. "Est-ce que je dois lui envoyer moi-même ou est-ce vous qui allez le faire ? Je suppose que j'aurais dû vous prévenir." Et là, par jeu, il prend un ton paternaliste : "Bien sûr, sinon comment le saurions-nous, jeune fille ?" Moi : "Ha ha ha, jeune fille, c'était il y a longtemps ça !" Lui, faussement sévère : "Vous savez que vous allez devoir passer à la caisse ?" Moi, riant : "Heu, oui, bon ..." (Je ne sais pas moi si dans le langage jeune "passer à la caisse" n'a pas un double sens). Je ne sais plus ce qu'il me dit d'autre, mais je fini par lui demander son âge. 41 ans. "Ah là là, c'est trop jeune !" Lui : "Mais non !" Moi : "Si, pour moi, oui !" Lui : "Mais non ! Moi : "Si, si !" Lui : "La balle est dans votre camp." Moi : "Bon, on va en rester là, alors." Lui : "C'est vous qui décidez !" ...

Il ne doit pas avoir regardé mon curriculum vitae avant de me téléphoner. Je parie qu'il l'aura fait après. J'aurais voulu voir sa tête ! Je suis une chichiteuse quand même ! Finalement, il n'y a en fait que 24 ans de différence entre nous ! Je me demande sur quel ton il va me parler la prochaine fois. Je me marre !

29/01/2017

1ère mission accomplie !

Le MENA* dont j'avais été désignée tutrice fin juillet est majeur depuis le 1er janvier 2017. Son 18ème anniversaire marque donc la fin de la tutelle. Il doit maintenant se débrouiller tout seul. C'est un aspect des choses que je trouve un peu dur. Les jeunes sont pris en charge correctement jusqu'à 18 ans et puis bye bye les frères. Débrouille-toi ! J'ai fait de mon mieux pour l'accompagner et pour le préparer pour la suite, mais je sais que ce ne sera pas facile pour lui, surtout qu'il connaît très peu le français et que depuis le début il n'est pas motivé pour apprendre, malgré mes encouragements. Il se dit trop stressé par la séparation d'avec sa famille et la crainte que le regroupement familial demandé ne puisse avoir lieu. Tout est en ordre pourtant, mais il n'ose pas y croire.

Ce que j'ai retiré de cette première expérience ? En fait, j'ai eu l'impression de marcher à tâtons dans un grand labyrinthe. Un jeu vidéo qui vous donne un plan au départ. Mais en cours de route, des pans de murs apparaissent, des obstacles non prévus surgissent, les règles du jeu ne sont pas appliquées, des fonctionnalités ne répondent pas. Comme si le jeu nécessitait une mise à jour plus récente. Cela m'a valu pas mal de stress, je dois l'admettre. J'ai même cru que je ne renouvellerais pas l'expérience avec d'autres jeunes. Mais j'ai depuis retrouvé mon enthousiasme. Ma psy m'a bien aidée dans ce domaine.

Quant au côté humain, il n'a pas été facile. Imaginez comment communiquer avec un jeune qui ne comprend même pas des mots simples comme "content" ou "difficile", qui ne sait conjuguer les quelques verbes qu'il connaît qu'au présent. Vous ne savez donc pas si ce qu'il dit il "va" le faire, ou s'il l'"a" fait. Il ne sait d'ailleurs toujours pas ce que signifie "tutrice", quel était mon rôle exact. Il m'a toujours appelée "-sistante sociale"

Le positif. Au début, je dirais qu'il me tolérait, parce qu'il le fallait bien. C'est un garçon indépendant qui supporte mal la contrainte. Il m'a mis devant des faits accomplis. Mais il a fini par me faire confiance et s'est détendu. Je suis sûre que s'il n'y avait pas eu la barrière de la langue, cela se serait mieux passé. Il y a quand même eu des moments de convivialité. Un jour, par exemple, il m'a montré des photos de ses parents, frères et sœurs. Une autre fois, il m'a photographiée, occupée à étaler devant moi des euros qui lui étaient destinés. Il allait envoyer la photo à sa famille. Ça l'amusait. J'ai joué le jeu. Il a aussi fait un selfie de nous deux. C'était des moments sympathiques.

Donc, officiellement, pour moi c'est fini. Je lui ai toutefois dit qu'il pouvait encore me téléphoner s'il avait un problème. ("Problème" est un mot qu'il connaît bien !)  C'est marrant, mon mari avait l'impression que je n'étais occupée avec ça que depuis 3 ou 4 mois, alors que moi, il me semblait que cette aventure avait duré bien plus que les 6 mois réellement traversés. C'est dans ma tête que ça a pris de la place et du temps.

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*MENA : mineur étranger non accompagné.