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31/10/2020

J'ai deux filles

Si si, il pourrait ne pas y paraître, mais j'ai bien deux filles ! Alors que je parle quasi uniquement de l'une d'entre elles.

J'ai une autre fille, plus jeune, qui m'a téléphoné hier. Quand j'ai entendu la sonnerie, je craignais que ce soit l'aînée. J'étais super contente que ce soit la cadette. Elle voulait me raconter les échanges qu'elle avait eu avec sa sœur sur whatsapp. Elles ont parlé un peu de tout et de rien, des enfants, des effets de la situation sanitaire sur la vie quotidienne, etc. Puis, elles ont abordé le grand sujet du moment. De quoi s'agit-il ? Je vous le donne en mille ...

J'ai admiré la maîtrise dont elle a fait preuve. Un forme de sagesse même. C'est quand même l'avantage quand on échange par écrit. On peut se corriger avant d'envoyer, être plus réfléchie, plus nuancée, moins virulente. Elle n'était pas au courant que j'avais de mon côté envoyé mon aînée sur les roses. On s'est donc raconté chacune nos dialogues. Ça m'a fait un bien fou ! D'autant plus que j'étais seule depuis 2 jours et que je n'en avais pas parlé à mon mari lors de ses appels téléphoniques, car il avait précédemment manifesté son ras le bol d'entendre toujours parler de conspirationnisme et de ma fille. On ne faisait presque plus que ça. J'ai donc voulu le préserver et prendre sur moi.

Ma fille cadette se disait effrayée par le comportement de sa sœur et en même temps, on s'est rassurées mutuellement en comptant sur le fait qu'elle va reprendre le travail (elel était en burn out) et aura donc moins de temps pour se pourrir l'esprit sur le net. Et que ça finirait bien par passer.

Bref, je me suis sentie plus légère.

 
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29/10/2020

J'ai plus écouté du tout

Hier soir, je m'apprête à regarder un documentaire sur Donald Trump. Je me dis que je le signalerais bien à ma fille. J'hésite. La dernière fois que je l'ai fait et qu'elle a accepté de le regarder, elle a estimé que ce n'était qu'à charge. Finalement, je lui envoie quand même un message. Dans un premier temps elle me répond qu'elle regarde une vidéo sur Macron avec Picolo. Quelques minutes plus tard :

20:21 : "Je vais regarder l'émission"
20:25 : "ça commence mal"
20:28 : "Jonathan Carl de ABC !!! Ben tiens !" (Il s'agit d'un journaliste anti-Trump)
20:30 : "Mais qui sont ces gens ????"
20:30 : "Des noms ?" (Tous les noms sont donnés)

Je ne réponds pas. J'essaie de me concentrer sur le documentaire. Ça devient difficile car je commence à m'énerver. Car ça signifie que dès le départ, tout va être considéré comme faux, comme la première fois. Dès la fin du documentaire, je reçois ceci :

21:27 : "J'ai envie de vomir"
21:34 : "Ça ne fait que renforcer ma croyance" (qu'il y a une cabale contre Trump)
21:36 (moi) : "Ta réaction ne m'étonne pas."

Du coup, elle m'appelle :

- Tu te rends compte, on interroge 10 personnes et on se base là-dessus pour en tirer des conclusions.
- Ecoute, je ne veux plus en parler ...
- M'enfin, tu rigoles ou quoi !
- Non, je ne veux vraiment plus en parler
- Ah bon ?! ... OK ... bonne nuit alors ...
- Bonne nuit.

 
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Je suis sur les nerfs. Je ne suis pas naïve au point d'espérer la faire changer complètement d'avis au sujet de Trump, mais je ne m'attendais pas à ce que dès le départ elle se barricade dans ses nouvelles certitudes à propos de celui qui dit qu'il a tout bien fait, qu'il n'a pas fait d'erreur et surtout qu'il va supprimer la corruption, etc. Il va, il va, il va... Et que tout le monde cherche à le descendre justement pour ça. "Les gens ne cherchent pas plus loin, me dira-t-elle plus tard. Ces gens dont je fais partie évidemment.
 
Je tremble, j'ai envie de pleurer. Mais très vite, je me demande comment elle se sent suite à ma rebuffade. J'ai l'impression d'avoir coupé la relation. Et brutalement en plus. Je lui renvoie un whatsapp :"Désolée d'avoir répondu aussi sèchement, mais je préfère vraiment qu'on ne parle plus de Trump. Il va falloir trouver d'autres sujets de conversation car on ne parle plus que de ça finalement et rien de ce que tu crois ne me convainc."
 
Elle m'envoie un dernier message où elle parle notamment de MON parti pris. Elle est bien bonne celle-là !
 
Le soir, je pensais ne pas pouvoir m'endormir, mais j'ai pu. Par contre, ce matin, je me réveille à 5 h. Immédiatement tout ça me revient en tête comme une bouffée. Je trouve 6 mails contenant chacun un lien youtube sensé justifier la bonne foi de Trump ou la malhonnêteté des journalistes !
 
J'en visionne une partie et lui envoie ma réponse. Rien n'est soit crédible soit vérifiable selon moi.
 
Il est 18:00. Aucune réaction jusqu'à présent ...
 
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26/10/2020

Le tourisme a ses limites

Avec ma fille aînée, on avait commencé à échanger par mail, toujours à propos des complots. Mais un moment donné elle n'avait plus répondu. Quand je lui en avait reparlé, elle m'avait dit que c'était fatigant par mail. Pour ma part, ce qui était intéressant par écrit, c'est que j'avais le temps de réfléchir à ce qu'elle me disait. Je pouvais confronter ses affirmations avec d'autres, relire ses mails, analyser, faire mes propres recherches, réfléchir à ce que signifiait l'esprit critique, la crédulité, la limite entre les deux et des tas d'autres concepts.

Par la suite, nous avons repris ces échanges écrits, soit par mail, soit par whatsapp, au point que parfois je me suis sentie envahie, submergée, étouffée. D'un autre côté, j'ai beaucoup mieux pris conscience qu'à l'oral, je n'ai aucune place dans nos conversations. Si je veux en placer une, je dois m'imposer de force. Et ça, c'est pas mon tempérament. À l'écrit, forcément, quand je réponds, je ne suis pas interrompue. Et du coup, ça donne un véritable échange et non un monologue de sa part. C'est beaucoup plus riche pour moi. Pour elle, je ne sais pas.

Quand elle m'envoie des liens internet, ce sont généralement des vidéos. Il y en a qui énoncent des faits qui pourraient être vraisemblables. D'autres sont franchement farfelues. La plupart sont effrayantes et finissent pas m'angoisser. Parfois, je suis quasi happée dans ces films démoniaques. Et si tout ça était vrai ?! Au bout d'un temps, je reviens dans ma réalité quotidienne. Je lis des articles sur le fonctionnement des adeptes du complotisme. J'analyse comment ma fille "s'informe". Il me semble, bien qu'elle dise le contraire, qu'elle privilégie systématiquement ce qui est alternatif, parallèle, ce qu'on nous cache. Ça lui donne probablement l'impression très agréable de faire partie d'un cercle de personnes éveillées, par rapport à ceux qui ne croient pas à ces théories. Ou est-ce moi qui refuse de voir la vérité en face ? Peut-être, comme elle me l'a dit aujourd'hui, parce que c'est trop violent et que donc je me réfugie dans le déni ?

Ce matin, elle m'a encore tenue une demie heure au téléphone. Cinq minutes pour donner des nouvelles de sa santé et celle de Picolo et 25 minutes pour parler du grand complot mondial pédophile et sataniste, du complot de génocide des blancs en Afrique du Sud et de ne je ne sais plus trop quelle autre conspiration. Au bout d'une demie heure, j'ai arrêté la conversation en lui disant que je voudrais bien aussi faire autre chose. Après, je me suis dis que c'était bien beau d'écouter comme une touriste *, mais qu'un moment donné, ça fait du bien de rentrer chez soi.

Et voilà que l'après-midi, elle s'y met sur facebook. Je pense que maintenant elle se voit comme une lanceuse d'alerte. Elle avait publié une vidéo à la gloire de Trump. J'avais réagi négativement, tout comme une amie. C'était il y a 15 jours. Elle y répondait seulement aujourd'hui et malgré que j'avais ma dose, j'ai quand même voulu réagir. C'est surtout la formulation qui m'avait agacée. Je posais une question à laquelle elle répondait par une autre question. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est un procédé qui m'agace profondément. Je lui ai dit. C'est exactement ce qu'avait fait Patricia. Je ne trouve pas que cela favorise le dialogue.

Au bout du compte, je pense que je vais devoir limiter mon écoute car à forte dose ça ne me fait pas du bien. Ni d'ailleurs à mon mari qui ce midi en avait ras la casquette qu'on parle constamment de ma fille et du complotisme. Il comprenait que j'aie besoin d'en parler, mais en même temps, il en avait marre, ce que je comprenais tout à fait. Il s'est radouci quand je lui ai dit que j'étais la seule personne qui écoutait ma fille et que c'était comme ça que j'essayais de remplir mon rôle de maman. Du coup, le dernier échange que j'ai eu avec elle sur facebook, je ne lui en ai pas parlé. Pas simple de naviguer dans tout ça !

* écouter l'autre non pas en juge, non pas avec des aprioris, mais comme un touriste. C'est-à-dire avec curiosité, avec intérêt pour ce qui est différent de ce qu'on connaît ou ce qu'on est soi-même.

 
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