06/06/2013
Pas de bricolage aujourd'hui. Tout le monde au jardin ...
Il fait beau ! On va conduire tous les résidents prendre l'air dans le jardin de la maison de retraite.
Maria, Louise, Jeanne, Louis ... J'ai du mal à me rappeler le nom des résidents. Il faut dire que je n'y vais qu'une fois par semaine et que ce ne sont pas toujours les mêmes que je rencontre. En plus, des Maria, Louise et Jeanne, il y en a par poignées. Alors cette fois, j'étais fière de montrer à Jenny que je me souvenais de son nom. Elle me regarde et me fait non de la tête. Ah bon, je me suis donc trompée ? J'étais sûre pourtant. Comment vous appelez-vous alors ? Elle me donne son nom de famille. Deux autres se tournent vers moi et me disent qu'elle se prénomme effectivement Jenny. L'une d'elle ajoute, sans trop s'embarasser si la Jenny en question l'entend : "Elle perd un peu la tête !" Il est vrai que la dernière fois, lorsqu'il était question de tricoter, Jenny s'y est mise et puis, au bout d'un temps, elle a tout défait, sans raison, comme une vie que l'on détricote ...
J'ai aussi retenu le nom de Pélagie car il est quand même un peu spécial. En plus, la dernière fois, elle m'avait paru bien éveillée, joyeuse et positive. Elle disait en riant que c'était un prénom de riche. Mais Pélagie aime les cancans. Elle baisse le ton pour me raconter d'un air de conspiratrice, que le mari d'une certaine résidente a une autre femme dans sa vie. Mais bien sûr, elle ne le lui révèlera pas car ça se retournerait contre elle. Elle essaie de me garder près d'elle. Mon écoute semble l'intéresser. Mais je lui explique que je vais aller chercher d'autres personnes pour qu'elles profitent aussi du jardin. De plus, Pélagie a ses humeurs. Elle s'assied à côté d'une autre dame et se met à lui parler. L'autre, ne réalisant pas qu'elle s'adresse à elle, ne lui répond pas. Pélagie insiste, puis se met à rouspéter. Elle ne supporte pas qu'on ne réponde pas à sa convivialité. L'autre finit par comprendre qu'elle est interpellée, se rend compte qu'on lui fait des reproches et rétorque. "Si tu n'es pas bien ici, tu n'as qu'à t'asseoir ailleurs !" Pélagie ronchonne. Ambiance ! ...
Je suggère de chanter. L'animatrice trouve que c'est une bonne idée et va chercher les livrets de chants. Louise connaît encore toutes les paroles et chante de bon cœur. Pourtant, quand la responsable lui demande comment elle a appris tous ces chants, elle se met à pleurer en évoquant certains souvenirs. L'animatrice la console gentiment et l'encourage à chanter encore, ce qu'elle fait.
Gaby chante aussi très bien les paroles. La justesse, en revanche, n'est pas au rendez-vous. Gaby n'a plus l'usage de ses jambes, mais la tête fonctionne encore bien et elle est moins sourde que la moyenne des résidents...
Louis est sympa. Il rigole. Il blague. Il sait ce qu'il veut. Et aussi ce qu'il ne veut pas. "Louis, tu veux t'asseoir près de nous ?" - "Non". "Louis, tu veux de l'eau ?" - "Non, l'eau c'est pour les poissons. Je voudrais un coca." Et puis Louis agace un peu les autres. Emerance notamment, ne supporte pas quand il parle fort ou qu'il tapote sa tablette. Elle hausse le ton : "Arrête !" Louis n'en a rien à faire. "Embêtant !" Louis ne s'offusque pas, mais continue de faire du bruit. Il faut le lui demander gentiment. Alors il sourit et s'arrête. Enfin, peut-être pas toujours ...
Jeanne tend les bras vers moi, comme pour me demander quelque chose. Je m'approche et lui demande ce qu'elle souhaite. Comme elle n'arrive pas à s'exprimer, je lui demande si elle se trouve bien là, si elle n'a pas trop chaud ou trop froid. Peut-être préfèrerait-elle être ailleurs ? Elle me regarde, l'air égaré. Ses réponses sont vagues et plutôt négatives. Comme elle a les mains tendues, je lui en prend une et elle ne me lâche plus. Elle agrippe même la deuxième. Je les lui laisse un long moment. De temps en temps, elle observe mes mains et les manipule comme si c'étaient des objets. Quand je fais mine de les retirer, elle me retient et dit que je ne peux pas partir. L'animatrice m'explique qu'il lui arrive d'être agitée et qu'effectivement un contact humain la calme. Je verrai par la suite qu'elle s'accroche aussi aux mains d'autres personnes. C'est triste et en même temps, c'est bon de voir qu'on peut apporter un petit rien de bien-être à certaines personnes ...
23:08 Publié dans Maison de retraite | Lien permanent | Commentaires (35)


